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L'époque du décollage (fin XVIIIe siècle)

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Portrait de Pierre-Elie Houlès, photo provenant de la collection personnelle de Bruno Cormouls-Houlès

Lorsque Pierre-Élie Houlès, né à Roquecourbe en 1790, s’installe à Mazamet, au tout début du XIXe siècle, il entre très vite dans la maison Olombel qui domine alors le paysage industriel d’un petit centre textile en progrès constant. Pierre Olombel (1716-1807) et son fils, également prénommé Pierre (1753-1812), avaient diversifié la production locale en introduisant de nouvelles variétés de tissus, tendant vers le haut de gamme. Ils avaient construit au Redondal un moulin foulon dont la roue entraînait aussi une machine à friser les étoffes. Le nom d’Olombel est associé à des innovations dans la teinture, rendues indispensables par le blocus de l’époque napoléonienne qui avait fait monter excessivement le prix de l’indigo importé. Pierre Olombel fils fut un des entrepreneurs mazamétains les plus actifs dans la conquête des marchés : « Il parcourut la France à cheval, d’une extrémité à l’autre, offrant ses produits de Perpignan à Nancy, de Bayonne à Brest. » Puis : « La vente de ses marchandises dépassant ses espérances, il divisa la carte de France en un certain nombre de tournées d’affaires, dont chacune fut confiée à un voyageur spécial. Cette organisation remarquable pour l’époque s’adaptait merveilleusement à l’esprit d’initiative commerciale dont Mazamet a donné tant de preuves » (Rapport sur l’industrie générale de Mazamet depuis son origine jusqu’à 1877, Mazamet, imprimerie Victor Carayol, 1878. Publié sans nom d’auteur, ce texte pourrait avoir été écrit par Elisée Brenac, cadre de la maison Cormouls-Houlès, à l’occasion de l’exposition universelle de 1878).

C’est donc très justement que le Comité de Salut Public consulta à Mazamet la maison Olombel au cours de son enquête de l’an III sur les fabriques de drap. Les informations apportées, très détaillées sur la provenance des laines, les ingrédients de teinture, les catégories d’étoffes fabriquées, le nombre d’ouvriers et de métiers à tisser, montrent les progrès réalisés par rapport au début du XVIIIe siècle (Archives nationales, F12-1348, réponse de Pierre Olombel, 5 ventôse an III). Elles semblent attester d’archives bien tenues de la maison Olombel, qui subsista jusqu’au XXe siècle, mais disparut sans les laisser à la postérité.

 

Cahiers des doléances du Tiers État, Mazamet, Revue du Tarn, volume 7, 1888-1889, 6 PER US 7

Les Olombel faisaient partie de « cette bourgeoisie patiente et fière, laborieuse et indépendante » (cette expression entre guillemets est de Gaston Tournier, dans sa préface à Souvenirs de famille, Genève, 1902), restée fidèle à la religion réformée persécutée après la révocation de l’Édit de Nantes. Les protestants, en effet, formaient au XVIIIe siècle « la partie la plus intéressante du commerce de Mazamet » (rapport de l’inspecteur des manufactures Le Blanc, 25 octobre 1770, Archives de l’Hérault, C-2185. Sur le lien entre protestantisme et développement industriel dans le cas de Mazamet, voir Rémy Cazals, Les révolutions industrielles à Mazamet 1750-1900, Paris, La Découverte-Maspero, et Toulouse, Privat, 1983, p. 58-62 ; ou « À Mazamet (Tarn), L’esprit d’entreprise », dans Midi-Pyrénées patrimoine, n° 6, avril-juin 2006, dossier « Chez les protestants », p. 72-74). On trouve leurs noms et leurs signatures sur le registre des délibérations de la jurande conservé aux Archives municipales de Mazamet (cote HH2, période 1767-1791), et sur le Cahier de doléances de 1789 qui s’ouvre sur la fière affirmation suivante : « Article 1er : Ladite ville de Mazamet, une des principales du diocèse par sa population et ses autres prérogatives et une des premières de la province par l’étendue de son commerce en grande et petite draperie… » ("Cahiers des doléances du Tiers État, villages et bourgs du diocèse de Lavaur", présentés par Charles Pradel, Revue du Tarn, volume 7, 1888-1889).

Entré tout jeune dans la maison Olombel, et rapidement monté en grade, Pierre-Élie Houlès épousa Lydie Olombel, fille du deuxième Pierre. À la mort de celui-ci, il laissa l’entreprise à ses beaux-frères et fonda la sienne propre en association avec son frère François. Il allait largement contribuer au développement industriel de la ville.

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