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L'innovation décisive : le délainage des peaux de moutons (1850-1878)

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Portrait de Ferdinand Cormouls, 7 US 82

Ferdinand Cormouls avait été remarqué par Pierre-Élie Houlès dès la fin des années 1820. Un texte de 1828 nous apprend que les frères Houlès l’intéressèrent aux bénéfices, voulant ainsi lui donner un témoignage de satisfaction pour la manière dont il avait géré leurs affaires comme voyageur de commerce (voir l'accord du 8 mars 1828, 104 J 172).

Roue et lavoir de F. Cormouls aux Casernes vers 1850. En haut, plan 7 S 985. En bas, dessin par Rémy Cazals dans Les Révolutions Industrielles à Mazamet.

Il se lança pour son compte dans la fabrication textile, puis devint l’associé et le gendre du grand industriel, poursuivant son œuvre après la mort de celui-ci et consolidant la première place de la maison Houlès père et fils et Cormouls, puis Cormouls-Houlès père et fils. C’est donc à lui que les autorités nationales s’adres-sèrent lors des enquêtes de 1860 sur le traité de commerce avec l’Angleterre (Enquête, Traité de commerce avec l'Angleterre, Industries textiles, Laine (volume 3), Paris, Imprimerie Impériale, 1860), et de 1870 sur le régime économique (Arch. nat. : C-1156, Enquête sur le régime économique, Laines. Réponse de MM. Cormouls-Houlès père et fils, négociant à Mazamet).

Sa réponse à l’enquête de 1860 contient ce passage qui montre la tranquille assurance de cet industriel français nullement impressionné par la supposée supériorité de l’industrie britannique :

« J’ai eu des correspondants à Londres auxquels je vendais 8 % plus cher qu’à mes clients de Paris. Lorsque j’avais mon dépôt de la rue des Bourdonnais, je faisais des manteaux (il faut comprendre : du tissus pour manteaux) que je vendais à Paris 7 francs, et que j’expédiais à Londres à 7 f 50, 7 f 60. C’est une étoffe nouveauté qui s’est perdue. J’ai envoyé mon fils à Londres pour reprendre cette sorte d’affaire de nouveauté ; il a reçu des commissions dans les étoffes proprement dites de nouveautés pour paletots, pantalons, et quelques velours dans le genre de ceux de la fabrique de M. de Montagnac, de qui j’ai pris une licence. »

Texte que l’on peut compléter par cet élément de réponse à l’enquête de 1870 :

« L’entrée de ces produits [les tissus britanniques unis], des articles dames surtout, a amené une baisse très considérable sur le prix de nos produits similaires, mais elle a eu pour avantage, il faut le reconnaître, de nous forcer à trouver d’autres articles à bas prix qui, par l’effet de leur extrême bon marché, sont entrés davantage dans la consommation et ont fourni à notre production un aliment plus considérable. »

En 1870, l’entreprise disposait de 250 métiers à tisser, dont 30 mécaniques, dans le bâtiment des Casernes, et de 100 métiers à domicile chez les tisserands. L’ancien moulin à papier de Saint-Sauveur avait été transformé en filature dès 1835, et une nouvelle filature avait été construite immédiatement en amont. Pour la désigner, on retourna « Cormouls » en « Sluomroc », et le nom est resté.

Cartes postales représentant la "Salle de métiers à tisser mécaniques" (7 FI 163/124) et "Les balles de laine dans le hall de la gare" (7 FI 163/88)

L’entreprise et l’industrie textile de l’Elbeuf du sud en général prospéraient, et les besoins en matière première croissaient. Il fallut élargir la zone d’approvisionnement en laine de tonte : Espagne, Afrique du Nord, Amérique du Sud. La tradition mazamétaine attribue à Pierre-Élie Houlès l’idée d’avoir importé les premières balles de peaux de moutons portant leur laine, qui seraient arrivées à Mazamet en 1851, date officiellement retenue et dont le centenaire fut célébré avec faste. Il est possible que l’examen systématique du fonds Cormouls-Houlès nous fournisse là-dessus quelques précisions. Un sondage rapide a fait sortir cette lettre du 25 janvier 1849 adressée par Houlès père et fils et Cormouls à leur représentant à Marseille, Eugène Guiraud, lui signalant la vente de balles de laine ou de peaux de Buenos Aires à Sète, et l’invitant à s’y rendre pour en acheter (72 J 501, lettre du 25 janvier 1849).

Augustin Perié, 7 US 82

Mais c’est avec l’installation des comptoirs d’achat aux « pays d’origine » que l’approvisionnement de Mazamet en peaux de moutons portant leur toison devint régulier et bientôt massif, innovation commerciale décisive. Le premier comptoir mazamétain à Buenos Aires est celui d’Augustin Périé (1856), mais la maison Cormouls-Houlès arriva en second (1862) et en implanta aussi à Rio (1876) et à Montevideo (1877). Les archives de l’entreprise renseignent encore sur la vente des tissus « nouveauté » en Amérique du Sud. Une étude approfondie serait nécessaire pour évaluer l’importance de ce marché dans l’ensemble des ventes de la maison, et pour répondre à la question : du fait de l’inversion des saisons, envoyait-on les fins de série dans l’hémisphère sud ?

 

Détail du plan des immeubles dépendant de la faillite du sieur Adrien Gau, 72 J 1480

 À la mort de Ferdinand Cormouls-Houlès, le 27 octobre 1871, le délainage des peaux de moutons n’était encore, dans le bassin de Mazamet, qu’une industrie annexe du textile. Un plan d’usine très intéressant est conservé dans le fonds Cormouls-Houlès : c’est celui de l’usine du Pont-de-l’Arn, appartenant encore aux héritiers Gau, mais qui serait bientôt achetée par Cormouls-Houlès père et fils. Il montre l’ancien moulin à blé, dont l’usine a conservé le nom, le Moulin Haut, puis le bâtiment de la filature, puis l’extension destinée au pelage, c’est-à-dire au délainage (72 J 1479-1480, faillite Adrien Gau, vers 1885). Lorsque cette dernière activité occupa la totalité de l’espace de l’usine, une nouvelle étape était franchie. En attendant, c’est la poursuite du développement du textile qui avait fait passer la population de la commune de Mazamet au-dessus de 14 000 habitants en 1876.

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