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Prospérité et crises au XXe siècle

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En-tête de la société A. Bonnafous, détail, 1907 (72 J 386)

On trouvera dans le tableau des sociétés et dans l’arbre généalogique de la famille le nom des successeurs de Gaston, Eugène et Jules. Leurs sociétés restèrent importantes dans le bassin pendant une grande partie du XXe siècle. Gaston II, fils de Jules, était en 1930 président du Syndicat d’Initiative, du Tennis Raymond d’Hautpoul, et du Comice agricole, poursuivant dans ce domaine l’œuvre de son père à Montlédier et de son oncle aux Faillades (voir dans la bibliographie les ouvrages techniques d'agriculture de Gaston Cormouls-Houlès, et les recherches universitaires d'Anne-Marie Gouérou-Delouvrié). Charles, petit-fils de Gaston I, était à la même date président de la Société coopérative de reboisement de la Montagne Noire, et vice-président du Syndicat d’Initiative… Tous ces renseignements proviennent de l’ouvrage incontournable en trois volumes, Mazamet en 1930, d’Edouard Cormouls-Houlès, fils d’Eugène. Plus tard, de 1944 à 1967, Max Cormouls-Houlès, descendant de Jules, fut président de la Chambre de Commerce. On ne peut énumérer ici les titres et fonctions des nombreux membres de la famille dans les domaines les plus divers de la vie locale.

Leurs entreprises durent affronter les crises du XXe siècle, marqué aussi par des périodes de grande prospérité. La grande grève des ouvriers du délainage en 1909 n’affecta en rien une production en pleine expansion, traitant à la veille de la guerre plus de 55 000 tonnes de peaux brutes (Rémy Cazals, Avec les ouvriers de Mazamet (dans la grève et l'action quotidienne, 1900-1914), Carcassonne, CLEF 89, 1995, 1ère édition Paris, Maspero, 1978). L’activité diminua fortement pendant la Première Guerre mondiale ; elle fut perturbée par les fluctuations monétaires et la crise de 1929, sensible après le nouveau record de 65 000 tonnes de peaux arrivées à Mazamet en 1933. La Deuxième Guerre mondiale interrompit la production qui reprit dès la fin des hostilités. Les 46 000 tonnes de 1950 permettaient de célébrer, l’année suivante, le centenaire du délainage dans le faste et l’optimisme. Si le record de 1933 ne fut battu qu’en 1959 (75 900 tonnes), on dépassa à plusieurs reprises les 80 000 tonnes au cours de la période suivante avec, en 1972, un point culminant absolu de 105 000 tonnes. Mais il s’agissait là d’une conjoncture particulière due à un abattage intense du cheptel australien pour cause de sécheresse catastrophique, et les prévisions de la Chambre de Commerce étaient pessimistes. À une année aussi exceptionnelle, devaient succéder quelques mauvaises. Les Australiens reconstituaient le troupeau. Moins de peaux sur le marché signifiait moins d’activité du délainage et moins de profits car leur prix montait. En même temps, la laine était moins demandée du fait de la concurrence des textiles chimiques, et une nouvelle dépression mondiale s’annonçait après les Trente Glorieuses.

Désormais, tous les indicateurs du délainage se trouvaient défavorables. En 1985, on retombait au-dessous des 50 000 tonnes ; en 1992, au-dessous des 30 000. Mazamet cessait d’être une place mondiale (chiffres donnés par les revues annuelles de la Chambre de Commerce de Mazamet). Les entreprises survivantes étaient affaiblies par la disparition de celles qui, tout en étant concurrentes, contribuaient à la force de la place. En effet, la présence d’une cinquantaine d’usines de délainage, la possibilité d’offrir aux clients toutes sortes de laines en grande quantité, tout cela avait donné un poids réel à Mazamet dans le monde lainier. Et ce poids ne cessait de se réduire. Je me dois de rappeler ici cette confidence significative de François Pons, industriel du textile, mais qui reste valable quelle que soit la branche : "Quand un de mes concurrents locaux disparaît, je ne me réjouis pas, car cela affaiblit la place, et cela m'affaiblit en conséquence" (Rémy Cazals, "En Languedoc lainier (1750-1950) : réflexion sur la conscience de place", dans Les solidarités, Le lien social dans tous ses états, sous la direction de Pierre Guillaume, Bordeaux, Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, 2001).

Lorsque la Chine se mit à acheter massivement à l’Australie, le « détour » par Mazamet n’était plus envisageable, et cela révélait le caractère paradoxal du cas mazamétain : acheter une matière brute en Argentine, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande ; la transporter sur des milliers de kilomètres jusqu’à une petite ville enclavée au pied de la Montagne Noire ; en tirer, par une opération de la plus grande simplicité, deux matières premières, la laine et le cuir ; et les expédier encore à des centaines ou des milliers de kilomètres dans les pays à forte industrie textile…

Situation paradoxale, mais qui avait duré depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’au début du XXIe, ou, plus fortement, des années 1860 aux années 1980. La famille Cormouls-Houlès est largement associée aux différentes étapes de ce développement original, comme elle l’avait été à l’essor plus classique de la fabrication textile. Elle en a laissé la trace à la postérité en déposant le fonds Cormouls-Houlès aux Archives départementales du Tarn.

 

Lettre à Emile Zola, 24 février 1898 (104 J 34)

 

 

Les historiens y trouveront de quoi nourrir plusieurs recherches : une histoire de l’entreprise ou des entreprises, de leurs stratégies commerciales et industrielles ; une étude des relations avec l’Amérique du Sud (vente de produits textiles, achat de laines et de peaux, comptoirs, investissements, désengagement) ; la personnalité d’un grand notable de la IIIe République, Gaston Cormouls-Houlès, grâce à l’immense corpus de lettres dont il a laissé les copies et qui n’ont fait l’objet de travaux systématiques que sur son rôle pionnier d’entrepreneur agricole (voir en bibliographie les travaux d'Anne-Marie Gouérou-Delouvrié), et sur son engagement dreyfusard de 1898 à 1902. « Riche industriel et militant dreyfusard », ce n’est pas la moindre surprise que révèle ce fonds inépuisable (Rémy Cazals, « Riche industriel et militant dreyfusard » Jean Jaurès, cahiers trimestriels, n° 141, juillet-septembre 1996, p. 139-147).

Il n’est pas inutile d’ajouter que la famille Cormouls-Houlès reste présente dans l’industrie du bassin de Mazamet avec l’entreprise Menguy’s produisant cacahuètes et autres accompagnements d’apéritif. On est loin du textile et du délainage, mais toute entreprise produit des archives…

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